“Blanche Rhapsodie” un film de Claire Ruppli

Affiche film
@ Claire Ruppli

Claire Ruppli se forme à l’école internationale Jacques Lecoq, puis à l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre ENSATT (rue Blanche). Elle joue au théâtre avec Christian Rist, Catherine Anne, Michel Didym, Yves Beaunesne, Mathias Langhoff, Aurore Prieto, Alain Timar, Jean-Michel Potiron, Roberto Platé. Au cinéma avec Philippe Harel, Benoît Jacquot, Dominique Cabrera, Abdellatif Kechiche, Emmanuel Finkiel. En danse avec Raffaëlle Giordano, Jean-Claude Gallotta, Kamal Karry ,Victor Cuno, Nadia Beugré. Elle réalise également des documentaires.

Parmi les témoins de son film vous entendrez Guy Bedos, Marlène Jobert, Jacques Weber, Michel Aumont, François Morel, Myriam Boyer, Denis Lavant, Maria de Medeiros, Irène Jacob, Dominique Besnehard, Muriel Mayette- Holtz, Abbès Zahmani, Yann Collette, Danielle Ajoret, Marcel Bozonnet, Georges Banu, Pierre-Jean Larroque, Jean Christian Grinevald, Jean-Daniel Vuillermoz.. et tant d’autres…..

Peux-tu nous rappeler où, et quand sera diffusée “Blanche Rhapsodie” à Avignon cet été ?

Le film “Blanche Rhapsodie” sera projeté tous les jours à 14h30 du 7 au 31 Juillet 2021 au Théâtre des Vents 63 rue Guillaume Puy – Avignon. 

Selon les témoins du film présents au festival en Juillet, ceux qui le souhaitent pourront venir débattre après le film avec le public .

Comment t’est venue l’idée de faire ce film témoignage sur les années Rue Blanche ?

J’ai eu l’info via Facebook d’un apéro « revival » au 21 rue Blanche, un soir d’Octobre 2013. J’ai demandé s’il y aurait de la lumière, je pensais déjà y apporter une caméra, pour filmer les lieux. Finalement j’y suis allée sans. On s’est retrouvé à une cinquantaine, de toutes les générations d’anciens élèves confondues, et de toutes les spécificités artistiques. D’ailleurs c’est grâce à Isabelle Huchet (costumière) et André Obadia (comédien et régisseur) que cette soirée a été possible. Ils avaient poussé la porte pour voir ce qu’il restait des vestiges. Avec nos bières et nos cacahuètes, nous avons revisité tout le bâtiment, et même des endroits auxquels nous n’avions pas accès en tant qu’élèves, les terrasses…. Les souvenirs se sont mêlés. Résultat : ce soir-là naissait l’Association des anciens élèves de la Rue Blanche, et de mon côté l’envie de faire un film !  

Parce qu’il faut le dire: il était question qu’un repreneur en fasse quelque chose. Après quelques recherches, j’ai retrouvé le dit repreneur : le Ken Club, qui allait créer un club VIP de sport, avec machines et piscine… ainsi  qu’un restaurant. Je lui ai envoyé le synopsis du film que j’ai rêvé très vite après cette soirée et j’ai pu accéder deux mois au lieu (Mai et Juin  2014). C’était une occasion rare d’y convier tous les témoins que j’ai pu glaner par les uns et les autres. Il fallait qu’il y ait des traces avant travaux, on ne pouvait pas laisser partir cette maison mythique comme ça, j’ai été traversée, mais ça aurait pu tomber sur quelqu’un d’autre !… Il y a toujours un témoin, ou un guide.

Diderot parle de “Jacques le Fataliste et son maître “, comme d’une rhapsodie. Le début du texte est

“Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde…D’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ?”

Que t’inspire ces pensées par rapport à l’école?

Une école est un lieu de rencontres, c’est sûr, et d’autant plus en théâtre, en créativité, parce que ça se construit ensemble. Surtout dans cette maison où les sections de costumes, scénographie, régie, art dramatique… se croisaient tout le temps. On y est passé tous jeunes, certains ont continué le métier d’autres non. L’exemple d’un élève qui est devenu procureur de la république, un autre prêtre. On avait cette insouciance de l’entrée dans le métier. Bien sûr qu’on ne savait pas où on irait, mais on avait en nous l’envie profonde de continuer. En plus, quand on est dans une institution comme une école nationale, on a été choisi, on a passé un concours, et c’est énorme, ça ouvre la voie, puis l’émulation au sein de l’école crée des réseaux. C’est déjà une route qui s’ouvre professionnellement.

Certains ont continué ensemble, dans des  compagnies, d’autres se sont retrouvés plus tard sur des projets. Et quand tu joues dans un théâtre, souvent tu tombes sur un ou une technicienne qui a fait la rue Blanche ! À l’époque de Paris c’était la seule école qui mêlait toutes les disciplines du théâtre. Sans doute que l’état d’esprit a ensuite conforté notre rapport au métier sachant que c’est ensemble qu’on travaille au théâtre, que la création n’est pas qu’un acteur sur un plateau, que c’est organique entre technique, création costumes, scénographie…. Mais ce n’est pas que du « hasard » dont parle Diderot, c’est aussi que même les générations qui ne se sont pas rencontrées sur place ont toutes eu des gestes communs : on a monté  les mêmes marches, on s’est assis sur les mêmes sièges, on a eu le même trac…

Dans l’antiquité grecque, une rhapsodie est une suite de poèmes épiques chantés par les rhapsodes, des chanteurs itinérants, des intermittents de l’époque. Dirais-tu que la Rue Blanche était une école “épique”?

Le terme « épique » que j’emploierais serait le terme au figuré, « extra ordinaire et mémorable ». C’est vrai que l’école, du temps du 21 rue Blanche, était rare, dans le sens que c’était une pédagogie à l’ancienne, on y faisait un peu ce qu’on voulait, c’était artisanal.  

Sachez que ce terme de « Rhapsodie » a été proposé par le monteur du film Laurence Gaignaire qui en travail m’a dit que c’était rhapsodique, dans le sens où les images et séquences sont montées en variations, se rythment les unes les autres, en écho. Orchestrées comme en musique.

Dans ces témoignages, qu’est-ce qui a été le plus marquant de l’attachement à la Rue Blanche ?

Revenir dans le bâtiment a bouleversé la plupart d’entre nous. C’est le lieu lui-même qui nous a fait revenir les souvenirs. C’est Proustien. L’important a été la présence sur place, comme un retour dans la maison d’enfance, le grenier des jeux de notre jeunesse. On découvrait le théâtre à Blanche mais aussi les amours… C’était très touchant de voir un témoignage d’un monsieur de plus de 80 ans, en l’occurrence Guy Bedos, le sourire aux lèvres, se rappelant ses copines de l’époque… Ou Michel Aumont qui regardant le jardin par la fenêtre se souvient des cours d’escrime donnés dehors… Voir dans les yeux les souvenirs défiler chez chacun au présent d’aujourd’hui, avec nostalgie, ou humour… 

Oui, tous les témoins ont été marqués par leur passage en formation à la rue Blanche, une école peut-être plus familiale qu’ailleurs. Et de retourner dans le lieu avec les traces restées sur les murs, les parquets, a été réanimer des traces intérieures chez chacun.

@ Xavier Cantat

Réservation & contact : 06 11 28 25 42

Fiche Film : Réalisation : Claire Ruppli , Image : Marine Atlan, Adrien Jourdain, Laurence Gaignaire, Clélia Schaeffer, Claire Ruppli / Son: Alexandre Andrillon, Pierre Bompy, Philippe Lecocq, Agathe Poche, Simon Pochet, Elton Rabineau / Conseil Lumière: Julie Grünebaum / Montage : Laurence Gaignaire / Étalonnage: Mathias Caussèque / Mixage : Clément Bénitah

Durée 74’

Production: Acte Public Compagnie © 2016

Crédit photo (article) : Claire Ruppli

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